
Des questionnements
Afficher publiquement ma démarche me semblait au départ un peu abstrait. Je le faisais honnêtement plus pour avoir des comptes à rendre que par envie de m’étaler publiquement. En effet, comme plusieurs personnes suivent mes billets, cela me motive à continuer et à tenir le cap. Alors que si je l’avais fait seul dans mon coin, j’ignore si j’aurais tenu une année entière. Mais, bien plus, je réalise que cela génère des discussions : plusieurs personnes, dans le dialogue et l’échange, questionnent ma démarche avec bienveillance, sans dégouliner, et cela me permet parfois de me décentrer de moi-même pour réfléchir à mes choix. Les questionnements et remarques les plus fréquents concernent la question du plaisir, notamment depuis que j’ai entamé un changement au niveau alimentaire. Voilà qui m’incite à repenser toute ma démarche pour être sûr de ce que je fais. Un peu comme une sorte de bilan de motivation.
Une question qui revient souvent est celle du choix de se couper volontairement de plaisirs dont je n’aurais a priori pas besoin de me couper. Plusieurs personnes, qui suivent ou non ce contenu, en viennent à exprimer la frustration imaginée lorsqu’elles se projettent dans ce que je vis. « Je ne sais pas comment tu fais. » Cette projection, bien qu’imaginaire, révèle une vision intéressante : celle qui associe la restriction volontaire à une forme de souffrance ou de perte. En fait, il y a une différence de postures. En effet, j’envisage mon expérience par le gain qu’elle me procure, et non par ce que j’y perds. Ce n’est pas tant une question de me couper de quelque chose, mais plutôt de redéfinir ma relation à ce qui me procure du plaisir. Il ne s’agit pas de rejeter le sucre ou l’alcool (puisque ce sont les deux premiers éléments que je supprime) comme des ennemis, mais de m’interroger : est-ce que j’en ai besoin pour être bien ? Est-ce que ces plaisirs enrichissent vraiment ma vie ou est-ce qu’ils la distraient simplement ? En adoptant cette approche, je ne ressens pas de frustration, mais plutôt une forme de libération. Cela ne signifie pas que cette démarche est universelle. Même si elle me semble riche de sens et porteuse d’un épanouissement qui va au-delà des satisfactions immédiates.
L’injonction au plaisir
Dans mon expérience quotidienne et dans ce que le monde me donne à voir, le plaisir parait occuper une place centrale, presque sacrée, érigé en droit fondamental et en quête constante. Il est souvent perçu comme une récompense immédiate, un antidote aux contraintes et à la monotonie du quotidien. Il est largement opposé à la notion de souffrance, comme s’il en était un remède. Que ce soit à travers la nourriture, les voyages, les loisirs ou les biens de consommation, le plaisir est omniprésent et intensément valorisé. Pourtant, cette exaltation soulève des questions : est-ce que la recherche effrénée d’expériences agréables rend réellement plus heureux ? En réduisant le plaisir à sa dimension instantanée, ne risque-t-on pas d’en appauvrir le sens, de perdre le goût de la patience, de la découverte et de la pleine conscience ? Dans cette logique, j’ai l’impression que simplement consommer ce que l’on désire pourrait paradoxalement éroder une capacité à savourer, à distinguer ce qui a vraiment de la valeur. Ainsi, redéfinir le plaisir, non comme une accumulation ou une satisfaction immédiate, mais comme une exploration consciente et profonde, pourrait offrir une richesse plus durable et apaisante. C’est dans cette optique que je me prive.
Priver ou se libérer ? Cette question illustre bien le cœur du paradoxe de l’ascèse. Là où certains y voient une privation, une renonciation à des plaisirs simples, je vois donc avant tout un choix conscient : celui de ne pas laisser mes habitudes alimentaires ou les incitations de l’industrie dicter ce que je consomme. Il ne s’agit pas de rejeter le plaisir, mais de questionner ce qui, dans mes choix, relève vraiment de mes besoins premièrement, de mes envies profondes ensuite et ce qui est dicté par l’automatisme ou l’influence extérieure pour pouvoir le sabrer et m’en libérer. En réduisant mes options à l’essentiel, je ne ressens pas une perte, mais un allègement. Maîtriser mon alimentation, c’est aussi reprendre du pouvoir sur mon corps et ma santé, retrouver une forme de clarté face à un monde saturé d’offres et de sollicitations. Cette démarche, paradoxalement, élargit ma liberté : elle me permet de créer un espace pour redécouvrir des plaisirs plus authentiques et alignés avec mes valeurs. Si renoncer à certains excès semble contraignant, cela me donne en réalité une nouvelle légèreté, autant physique que mentale.
Respecter le chemin de chacun
J’ai aussi été étonné d’entendre que des personnes se sentaient jugées par ma démarche. En lisant mon cheminement, elles ont interprété que je jugeais ceux qui ne faisaient pas comme moi, à cause du regard critique que j’ai sur notre monde contemporain occidental. Disons-le clairement : cette démarche n’a pas vocation à faire changer d’avis qui que ce soit. Tout au plus, elle invite qui le souhaite à réfléchir avec moi. Mon choix d’adopter une alimentation plus consciente et épurée ne se veut pas forcément être une critique implicite des habitudes d’autrui. C’est un choix, rien de plus.
En conclusion, ce parcours qui se voulait être un rééquilibrage se veut être plus intense que prévu comme réflexion sur mes valeurs, mes besoins et ma manière de percevoir le monde. Il a aussi entraîné d’autres personnes à réfléchir. Cela m’a permis de mieux comprendre ce qui me nourrit véritablement, tant sur le plan physique que mental, tout en ouvrant un espace de dialogue et de questionnement avec ceux qui m’entourent. Si cette démarche suscite des interrogations, des désaccords ou des inspirations, elle aura déjà rempli un rôle précieux : celui de nous amener, ensemble, à interroger nos habitudes et à explorer ce qui a du sens pour chacun. En un sens, cela m’a amené vers plus d’altérité, tant par mes choix que par les dialogues que cela suscite. En cela, j’en suis heureux.
Ceci étant dit, j’ai aussi envie de parler plus longuement de l’ataraxie. Suite au prochain numéro.
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