Journal de bord #43 – le souci des plaisirs, partie 2

Mon ami Nicolas m’a posé une question très intéressante en lien avec les plaisirs. Évidemment, comme c’est un journal de bord, il y a des choses que je n’approfondis pas complètement parce qu’elles sont très claires pour moi : j’oublie parfois que je suis lu et que tout n’est pas implicite pour tous. Il m’incite à clarifier mon propos, ce qui est très bien. Pour faire simple, Nicolas me demandait, en lien avec les plaisirs : quid de la sexualité, de la lecture et du plaisir que je prends, par exemple, à passer du temps avec mes enfants ? Comment est-ce que je différencie ce plaisir de ceux que je fuis ? Où est la limite ?

Quand je parle de ne plus pourchasser les plaisirs immédiats, il ne s’agit pas de rejeter tout plaisir en bloc. La vraie question pour moi est : quelle est ma posture face à ce que je fais ou vis ? Est-ce que je cherche le plaisir comme une finalité, ou naît-il naturellement d’une démarche plus profonde ? Dans mon cas, je ne place pas le plaisir comme objectif, mais plutôt comme un « effet secondaire » possible d’une quête de sens ou de compréhension. S’il n’est pas ce que je cherche en soi, cela ne veut pas dire qu’il est absent. En fait, plus que de chercher le plaisir, je choisis de l’accueillir lorsqu’il se présente, comme un écho naturel à une démarche de sens.

Que je lise un essai philosophique, un comics ou regarde un film, mon approche est la même : je cherche à rencontrer l’œuvre pour ce qu’elle est. Chaque création, qu’elle soit légère ou sérieuse, a un propos, un contenu qui peut me toucher, m’interroger ou me confronter. Ce n’est pas une manière de me divertir ou de fuir la réalité, mais de la rencontrer autrement. Le plaisir, s’il surgit, n’est pas mon moteur. Il est parfois là, parfois non, mais ce n’est pas ce que je recherche. Si je trouve une œuvre ou une expérience creuse, dénuée de sens ou sans écho avec ma démarche, je ressens une frustration, non pas parce que le plaisir n’était pas au rendez-vous, mais parce que la posture que j’adopte me conduit à attendre autre chose qu’un simple moment agréable.

Est-ce à dire que je condamne le plaisir ? Non. Comme Épicure, je pense que c’est un souverain bien. Mais, je crois aussi que notre rapport au plaisir est façonné par une forme d’éducation ou de posture mentale. Avec le temps, on peut réapprendre à trouver du plaisir dans des démarches qui ne sont pas immédiatement gratifiantes, mais qui nous enrichissent profondément. Lire un auteur exigeant, se plonger dans une œuvre complexe, ce n’est pas « plaisant » au sens immédiat, mais cela peut éveiller en moi un plaisir plus riche et plus durable, lié à la compréhension ou à l’épanouissement personnel.

Pour les rencontres, je dirais que je ne les aborde pas dans une quête de plaisir immédiat ou d’une satisfaction éphémère, mais, pour utiliser des grands mots, comme des occasions d’échange, de connexion et de partage authentiques. Si le plaisir naît de ces moments, je l’accueille avec gratitude, mais ce n’est pas ce qui motive ma démarche : c’est le lien et la profondeur de l’interaction qui comptent avant tout.

Et puis, Nicolas pose la bonne question : la sexualité est un bon exemple, car elle combine plaisir et lien. Ce n’est pas, pour moi, un plaisir consommable ou un moyen de se distraire de la réalité, mais une manière d’entrer en relation avec une autre personne. C’est une autre modalité de la rencontre. Dans ce contexte, c’est le lien qui prime et le plaisir en découle. Là encore, ce qui compte, c’est la posture : est-ce une recherche de simple satisfaction, ou une démarche qui s’inscrit dans une quête de sens et de connexion à l’autre ?

En résumé, ce n’est pas le plaisir que je rejette, mais l’idée de le chercher comme une fin en soi. Ce qui m’importe, c’est de cultiver une posture dans laquelle mes choix – qu’ils concernent la lecture, la création, la relation ou même le loisir – soient guidés par une quête de sens et de confrontation avec le réel. C’est cette posture qui oriente aussi mes ressentis et qui me fait apprécier ou rejeter une expérience. Le plaisir, au fond, est une question de posture et d’éducation : il vient ou ne vient pas, mais il ne peut être une finalité en soi.

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