
Préambule
Suite à la publication de Cosmogénèse, j’ai reçu un très (très) grand nombre de messages, notamment de la part d’anciens camarades évangéliques ou de connaissances issues des milieux protestants et catholiques. Fidèle à ma volonté de ne jamais esquiver un échange, j’ai choisi de répondre à chacun avec la même volonté de confronter les points de vue. J’étais même prêt, si l’on me présentait des arguments que je jugeais meilleurs que les miens, à faire évoluer mes positions.
Ces discussions n’ont cependant pas modifié en profondeur ma posture. Tout au plus, elles m’ont permis d’affiner ma compréhension de ce que j’appelle ici la machine sémantique, un concept initialement introduit par Davide – rendons à César ce qui lui appartient. Mais surtout, elles ont confirmé une observation que je fais depuis une dizaine d’années : les discours chrétiens auxquels je suis confronté suivent invariablement les mêmes schémas. Les arguments, objections, interpellations et relativisations que l’on m’oppose aujourd’hui sont identiques à ceux que j’entendais il y a dix ans. Pas d’évolution. Pas de variation.
C’est précisément pour cette raison que j’ai décidé d’en faire une matière à réflexion. Dans ce billet, je vais vous présenter ce que j’appelle « une machine sémantique » Dans les prochains, je vais déconstruire ces mécanismes dialectiques que je nomme des « protocoles langagiers » et montrer comment ils servent à alimenter la machine sémantique religieuse, renforçant ainsi sa capacité à neutraliser toute remise en question. Enfin, nous verrons comment cette machine sémantique alimente une certaine médiocrité dans la production, et finalement, comment lorsqu’elle échoue à soustraire à la critique, elle opère une élimination pure et simple.
La machine sémantique religieuse : un dispositif idéologique autonome
Les traditions religieuses ont depuis longtemps façonné des réseaux de sens destinés à structurer la foi, guider les croyants et assurer une continuité culturelle. Mais au-delà de leur fonction spirituelle, elles ont aussi, consciemment ou non, mis en place des mécanismes discursifs qui neutralisent la critique et rendent l’institution difficilement questionnable. Ce système, que j’appelle la machine sémantique religieuse, fonctionne comme un immense processeur idéologique : il ne pense pas, mais trie, filtre et reformule le langage en fonction de règles implicites qui s’imposent à tous.
Cette machine sémantique ne vise pas la recherche de vérité, mais l’alignement sur un cadre prédéfini. Elle reconfigure le langage pour rendre certains mots inoffensifs et d’autres explosifs, transformant les idées en codes à valider ou à censurer. Les institutions religieuses, prises dans cet engrenage, ne sont plus des lieux de débat, mais des relais d’une idéologie automatisée. Elles reproduisent et renforcent ces schémas sans même s’en rendre compte, enfermant le discours dans une boucle répétitive où les mêmes arguments, les mêmes réponses, les mêmes interpellations, les mêmes injonctions ressurgissent inlassablement, vidés de leur substance critique.
Toute pensée qui sort du cadre est immédiatement classée, disqualifiée ou rendue inaudible. Non pas parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle menace l’architecture même du dispositif religieux. Ce phénomène se traduit par un discours standardisé, répété mécaniquement par ceux qui l’adoptent sans en interroger le sens profond. Comme un algorithme social, la machine sémantique impose des réflexes langagiers, des phrases toutes faites qui deviennent autant de marqueurs d’adhésion ou de signaux d’exclusion. Pris dans cet engrenage, les individus n’ont souvent d’autre choix que de se conformer ou de disparaître du débat, voire, dans les cas où la machine sémantique échoue à être performative, à être purement et simplement « éliminés » (nous reviendrons sur cet aspect spécifique dans un billet à part). Car cette machine ne convainc pas par la force de ses arguments, mais par la répétition et l’effet de masse. Ici, l’autorité ne repose plus sur la vérité, mais sur la persistance du discours et la puissance du nombre. Un processus « diablement » efficace dans un régime ochlocratique comme les réseaux sociaux par exemple,. En ce sens, la machine sémantique est un mode de pensée structuré par l’institution religieuse (en générale la caste sacerdotale et les théologiens), qui en définit le système de codage. Ce codage influence la manière dont l’information est traitée et, par extension, la manière d’y répondre. Les individus qui adoptent ce système produisent alors un surcodage : un discours où l’expérience personnelle n’est tolérée que si elle épouse la sémantique de l’institution, donnant ainsi l’illusion d’une parole singulière alors qu’elle est en réalité prédéterminée.
Cette machine sémantique ne se contente pas de structurer le discours religieux : elle sert aussi à répondre à tout ce qui viendrait l’éprouver. Face à une critique, un doute ou une remise en question, elle ne cherche pas à examiner la validité de l’argument, mais à le recoder dans son propre langage, le neutralisant ainsi avant même qu’il puisse déstabiliser l’ensemble. Toute contestation est reformulée dans des termes qui la rendent inoffensive, disqualifiée par avance ou intégrée comme une preuve supplémentaire de la cohérence du système. Ainsi, loin de favoriser un débat authentique, cette machine produit une forme d’immunité discursive, où la réponse n’est pas un véritable échange mais un mécanisme d’absorption et de reconduction du cadre idéologique. Plus encore, la machine sémantique impose que toute pensée soit articulée en fonction d’elle, plutôt que de la laisser se développer de manière autonome. Aucune idée ne peut exister par elle-même : elle doit être traduite, réinterprétée ou redéfinie selon les paramètres du dispositif, qui la replace immédiatement dans son propre système de référence. Il en résulte une asymétrie fondamentale : ce qui est extérieur au cadre n’a pas d’existence valable, légitime, tant qu’il n’a pas été digéré par la machine. Ce processus d’intégration ne vise jamais à enrichir le dialogue, mais à dissoudre toute altérité dans un langage déjà codifié. S’opère alors une polarisation du discours : on catégorise en bien et en mal.
Le pseudo-signifiant : un langage vidé de son potentiel critique
Si la machine sémantique impose un cadre de pensée, elle ne se contente pas de structurer un discours. Elle agit plus profondément, en modifiant la manière même dont le sens est produit, reçu et compris. Son pouvoir ne réside pas uniquement dans ce qu’elle dit, mais dans la façon dont elle conditionne la réception du message.
Dans un système religieux propice aux abus spirituels comme certains milieux évangéliques, le langage n’est pas neutre : il est codé par l’autorité. Les mots ne sont pas laissés aux fidèles, ils sont transmis déjà formatés, déjà interprétés. Le croyant n’a pas à chercher le sens, il doit le recevoir tel qu’il lui est livré. C’est la même chose pour ce qui concerne la foi catholique, qui doit se soumettre au dogme, qui n’a pas vocation a être pensé, ni remis en question. C’est ainsi que la machine sémantique transforme les mots en pseudo-signifiants : des termes qui semblent pleins de sens, mais dont l’information a été filtrée, canalisée, recalibrée. Ces mots deviennent des unités de langage prêtes à l’emploi, utilisables uniquement dans le cadre du système. Par exemple, des concepts comme grâce, liberté, vérité ou péché ne peuvent être employés que selon des définitions validées, sous peine d’être considérés comme mal compris ou même dangereux. Ce processus ne vise pas la compréhension du monde, mais la reproduction d’un cadre idéologique stable. Il ne s’agit pas d’apprendre à penser, mais d’apprendre à reformuler. Ce que l’on croit être un approfondissement personnel n’est souvent qu’un recyclage de réponses préfabriquées, où l’individu se croit libre tout en parlant un langage qui ne lui appartient pas.
Dans cette logique, le fidèle ne peut pas recevoir directement le message religieux. Il doit passer par une médiation, une instance d’autorité qui en garantit l’interprétation correcte. La Bible, les textes sacrés, les dogmes, tout cela n’est pas accessible sans guide. Non pas parce que ces textes seraient incompréhensibles en eux-mêmes, mais parce que toute lecture personnelle est considérée comme risquée, erronée ou potentiellement déviante. L’autonomie intellectuelle n’est donc pas seulement refusée, elle est externalisée. C’est un paradoxe subtil :
- On ne dit pas aux croyants qu’ils ne peuvent pas penser, on leur dit qu’ils ne doivent pas penser seuls.
- On ne leur interdit pas d’interpréter, on leur dit qu’une mauvaise interprétation serait une faute.
- On leur donne une illusion de réflexion personnelle, tout en les enfermant dans un cadre d’interprétation verrouillé.
Le plus pernicieux, c’est que ce processus ne se vit pas comme une contrainte. La délégation de l’interprétation est souvent acceptée avec soulagement : elle évite l’angoisse du doute, elle offre un cadre rassurant où chaque question trouve une réponse déjà prête. Cela apporte un certain confort psychologique. Mais cette facilité a un prix : le renoncement à une véritable autonomie de pensée.
La parasitage de l’individu plutôt que son effacement
La machine sémantique ne supprime pas la subjectivité, elle l’habite. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne rejette pas le corps, les émotions ou l’expérience individuelle. Au contraire, elle les capte et les reprogramme pour mieux les intégrer au système. Ce n’est pas un effacement de la personne, mais un parasitage subtil : L’émotion ressentie n’est pas niée, mais interprétée dans un cadre prédéfini. Par exemple, une peur existentielle ne sera pas vue comme une interrogation légitime, mais comme un « appel à la foi » L’expérience personnelle est validée seulement si elle confirme le discours officiel. Si elle en sort, elle est réinterprétée ou disqualifiée Enfin, même le doute est absorbé et recodé : il ne peut exister que comme une étape vers une compréhension plus profonde du dogme, jamais comme une remise en question réelle.
Ce processus est redoutablement efficace. Il ne détruit pas l’individu frontalement, il lui fait croire qu’il est libre, tout en orientant chacune de ses pensées. Il ne l’empêche pas d’exister, il fait en sorte qu’il existe toujours selon les termes de l’institution. Ce qui rend cette machine sémantique si puissante, c’est qu’elle n’apparaît jamais comme une contrainte explicite. Elle fonctionne à bas bruit, intégrée aux structures du langage, aux réflexes de pensée, aux émotions elles-mêmes. Elle n’a pas besoin d’interdire, car elle formate l’interprétation en amont. Elle n’a pas besoin de censurer, car tout ce qui lui échappe devient inaudible ou illégitime. Elle n’a pas besoin de forcer, car chacun finit par se conformer spontanément, convaincu que c’est ainsi que le monde doit être lu. Le fidèle ne se sent pas prisonnier, il se sent guidé. Il ne se croit pas manipulé, il se croit éclairé. Il ne pense pas reproduire un discours, il pense avoir trouvé la vérité par lui-même. Mais au fond, est-ce encore lui qui parle ?
Le parasitage du ressenti : quand la machine sémantique impose son interprétation
Un des mécanismes les plus subtils et puissants de la machine sémantique est sa capacité à parasiter les ressentis individuels pour les recoder selon son propre système de sens. L’exemple suivant illustre parfaitement ce phénomène. Lors d’une prédication, une pasteure évangélique déclare :
« Si vous n’êtes pas totalement à l’aise ce matin, c’est pas grave. C’est normal, ce prêche-là vient peut-être remuer un peu quelque chose. C’est normal que ça remue un petit peu, et j’en suis bien contente. »
Loin d’être anodine, cette phrase court-circuite immédiatement toute interprétation autonome du ressenti. Un fidèle qui se sentirait mal à l’aise pourrait légitimement se poser la question : « Pourquoi est-ce que je ressens cela ? Est-ce parce que ce qui est dit est incohérent, problématique, ou même absurde, voire abusif ? » Mais la pasteure verrouille toute possibilité de critique en imposant une lecture unique : si quelqu’un est mal à l’aise, c’est parce que le Saint-Esprit est en train d’agir en lui. Ce procédé repose sur une mécanique implacable : le ressenti est réel : une personne se sent mal à l’aise, c’est un fait. Mais l’interprétation de ce ressenti est immédiatement prise en charge par la machine sémantique. Toute alternative interprétative devient impossible : au lieu de laisser chacun interroger la source de son malaise et de potentiellement émettre une critique, on impose une seule lecture autorisée.
C’est ici que l’on retrouve un phénomène identifié par Épicure : le ressenti est objectif, mais l’interprétation du ressenti est subjective. Dans un cadre normal, chacun devrait être libre de donner du sens à ce qu’il ressent. Mais dans ce contexte religieux, le fidèle ne possède plus son propre ressenti : il est immédiatement absorbé par l’institution, dépossédé et recodé selon une logique qui sert le discours religieux. Ce mécanisme est particulièrement redoutable parce qu’il annule toute possibilité de désaccord. Un auditeur qui ressentirait un malaise légitime – parce qu’il trouve le discours absurde, incohérent ou manipulateur – n’a plus d’espace pour exprimer ce malaise comme une critique rationnelle. Son inconfort ne peut plus être un signe d’opposition, il est automatiquement interprété comme une preuve que le message est vrai.
Cet exemple illustre parfaitement le fonctionnement de la machine sémantique, telle que nous l’avons définie plus haut : elle capte les éléments extérieurs (ici, le ressenti) et les reformule selon sa propre logique. Elle neutralise toute possibilité de pensée autonome en fournissant immédiatement un discours préfabriquée. Elle empêche toute critique en transformant même les réactions négatives en arguments en sa faveur. C’est précisément ce qui fait la force de ce système : il ne laisse aucune place au doute ou à l’alternative, tout en confessant pourtant que le doute fait partie intégrante de sa construction. Dans une conversation normale, une personne qui se sentirait mal à l’aise pourrait explorer plusieurs pistes : peut-être que ce qu’elle entend est simplement faux, ou que le ton est condescendant, ou encore que la personne qui parle projette une forme de contrôle. Mais ici, aucune de ces options n’est envisageable, car le cadre religieux les a déjà rendues inaccessibles.
Un autre aspect pervers de cette logique, c’est qu’elle donne l’illusion d’un ressenti personnel, alors qu’en réalité, celui-ci est déjà dépossédé de son autonomie. L’auditeur a bien l’impression d’éprouver quelque chose d’intime, de singulier, mais cette expérience est immédiatement réinterprétée à travers le prisme religieux. Cela rejoint ce que nous avons évoqué sur le parasitage du corps : la machine sémantique ne supprime pas le ressenti, elle l’habite. Elle ne nie pas l’émotion individuelle, elle la récupère et la reformate. Ce n’est pas un effacement, mais une colonisation subtile : on ne t’empêche pas de ressentir, on t’empêche seulement de comprendre ce que tu ressens autrement que par les catégories imposées.
En d’autres termes, la machine sémantique ne permet pas aux pensées ou aux émotions d’exister par elles-mêmes. Elles doivent être articulées en fonction du système. C’est pourquoi toute réaction sortant du cadre (doute, malaise, critique) est immédiatement réinsérée dans la matrice idéologique et transformée en validation du discours. La seule façon de briser cette mécanique est de revendiquer son propre droit à interpréter son ressenti. Il faut rétablir la distinction entre : Le fait de ressentir quelque chose (objectif). L’interprétation de ce ressenti (subjectif, qui devrait être laissée à l’individu et non imposée de l’extérieur). Face à une telle manipulation (qui devient potentiellement la matrice d’un abus), il devient essentiel de se réapproprier son malaise, son doute, sa critique, et de refuser qu’une autorité extérieure en dicte la signification. Si je ressens un inconfort, je suis en droit de me demander pourquoi, sans qu’on m’impose une réponse toute faite.
C’est dans cet espace – celui du doute libre, de la pensée critique, autonome et de la réappropriation du ressenti – que l’on peut commencer à échapper à l’emprise de la machine sémantique. Cet exemple montre comment la machine sémantique ne fonctionne pas uniquement par des dogmes rigides ou des interdictions explicites, mais surtout par des mécanismes subtils de recodage du réel. Elle ne contraint pas de manière visible, elle formate la perception même de la réalité, rendant toute remise en question extrêmement difficile.
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Il me semble que toute culture suppose un codage de la communication, avec ses institutions de reproduction du code – et c est particulièrement manifeste dans le contexte religieux.
Tel que je le comprends, la spécificité du phénomène que tu adresses tient à la clôture de la culture qu’induit la reprise neutralisante des doutes et des objections, notamment par le verrouillage du ressenti / de l’expression subjective. Il me semble d’ailleurs qu’il doit exister d’autres modalités de verrouillage que celle que tu prends pour exemple (qui se présente surtout comme une intervention verbale). Ce serait intéressant de voir si on peut en repérer d’autres (je pense au contact physique : la main qui vient se poser sur ton épaule au moment où tu dis quelque chose d’inconfortables).
Je dirais aussi que tout milieu est susceptible d’entretenir une machine sémantique – voir le fait peut être de fait. Dans certains milieux c’est plus apparent, central ou exacerbé que dans d’autres.
Je suis souvent frappé comment dans le contexte réformé vaudois, où l’on n’aime pas le conflit ouvert, l’expression d’un désaccord ou d’un inconfort est parfois rapidement étouffé par une parole conciliatrice ou un geste qui se veut rassurant.
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Je te rejoins pleinement sur l’idée que toute culture repose sur un codage, et que celui-ci s’incarne dans des institutions de transmission. C’est une réalité anthropologique fondamentale il me semble. Ce que j’essaie d’interroger ici, c’est précisément ce qui distingue le codage religieux dans sa forme institutionnelle fermée, de ce qui pourrait être un simple cadre culturel.
Un mot sur la clôture : là où d’autres cadres culturels pourraient laisser place à la transformation, à l’évolution ou à la remise en question, le langage religieux tel que je l’ai expérimenté, tel que je l’expérimente encore souvent, dans certains milieux fonctionne souvent de manière « immunitaire ». Il n’accueille pas la critique pour s’en enrichir, mais la recode pour la neutraliser. C’est cette fonction défensive qui me semble spécifique, non pas au religieux en général, mais à certaines formes institutionnelles de la religion.
Tu évoques les modalités non-verbales du verrouillage : ce geste sur l’épaule, la parole qui apaise pour éviter le conflit. C’est une piste à creuser. Le langage religieux, dans ses expressions codifiées, ne se limite pas aux mots, c’est vrai. Il passe aussi par des rituels, des postures, des micro-gestes qui orientent la perception, souvent sans même qu’on en ait conscience. La machine sémantique, pour reprendre mon image, c’est le traitement lexical. Je vais pousser la réflexion aussi sur la variante non-verbale du verrouillage. Mais je dirais que cela m’a moins sauté aux yeux dans mon expérience que les mots… question de sensibilité peut-être ?
Enfin, sur le fait que toute communauté peut produire et entretenir une machine sémantique : entièrement d’accord. Ce que je pointe ici, ce sont les cas où cette machine devient hégémonique, c’est-à-dire quand elle empêche toute parole véritablement autre d’émerger. Ce qui est trop souvent le cas spécifiquement dans le milieu religieux il me semble. Ce n’est pas la fermeture en tant que telle qui me semble problématique (c’est une question de degré je dirais), mais son absolutisation dans le refuse de l’altérité, dans la récupération ou le refus de la critiques, l’imposition d’une lecture unique ou l’empêchement d’une transformation authentique du cadre.
J’ai essayé de pousser la conceptualisation de la chose. Comme on parle de machine, de codage… alors il fallait aussi intégrer dans l’idée des protocoles. A venir 😉
Merci pour ton commentaire, qui m’ouvre à d’autres pistes de réflexions
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[…] La machine sémantique, pour reprendre cette idée, fonctionne donc comme un langage de programmation appliqué au discours religieux. Comme un programme informatique exécute des instructions prédéfinies en réponse à une condition donnée (par exemple, une commande if en langage C), ce dispositif idéologique enclenche automatiquement des réponses spécifiques dès qu’un élément critique ou dissonant entre en contact avec le système. Lorsqu’un croyant est confronté à une remise en question de ses croyances, il ne réfléchit pas nécessairement librement à l’argument posé : il exécute le plus souvent un protocole langagier, une séquence de réponses préprogrammées destinées à neutraliser la critique et à préserver l’intégrité du cadre idéologique. Ce mécanisme ne relève pas d’une réflexion spontanée, d’un saint recul critique vis-à-vis de sa foi, mais d’un conditionnement discursif : face à un stimulus donné (une expérience singulière exprimée, une objection théologique, une contradiction, une contestation ou simplement le partage d’une observation non accompagné de critique), la machine sémantique déclenche un processus de reformulation, de justification ou de disqualification, empêchant ainsi toute remise en question réelle du système. […]
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[…] la première partie, nous explorons donc l’idée de machine sémantique. Dans la seconde partie, nous décryptons la fabrication en série des individus dans les enclaves […]
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[…] qui recyclent les contradictions pour préserver le système. Une série de trois billets : partie 1, partie 2, partie […]
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