
Alors que nous avions enregistré plus de dix heures d’émission, après avoir publié les premiers épisodes, nous avons été submergés par les messages. Des messages d’encouragements et de remerciements, certes. Mais également des messages de personnes, chrétiennes, évangéliques pour la plupart, protestantes pour certaines, nous expliquant, à coups de butoir langagier, que nous nous trompions, et tentant pour les plus courageux de nous ramener dans le giron religieux, pour les autres de nous contredire. Seulement voilà : les arguments brandis étaient les mêmes que ceux qui avaient été brandis pour nous empêcher de quitter le milieu évangélique il y a des années de cela. Nous avons constaté qu’il n’y avait pas d’évolution ni de variation sur le champ lexical déployé. Nous en avons tiré deux hypothèses : l’évangélisme se construit avec la notion d’abus. Elle lui est ontologique et le structure. Cette nature est nourrie par une machine sémantique, qui elle-même génère des protocoles langagiers. C’est ce que nous allons explorer dans cet arc narratif !
Dans la première partie, nous explorons donc l’idée de machine sémantique. Dans la seconde partie, nous décryptons la fabrication en série des individus dans les enclaves religieuses. Alors que l’homme Jésus n’a jamais exprimé la moindre volonté de fonder une institution religieuse, ses successeurs autoproclamés n’ont eu de cesse de gouverner leurs contemporains à tout prix. Ils ont mobilisé tous les outils discursifs disponibles pour asseoir leur autorité sur autrui. Ces pseudo-ministres de Dieu se sont arrogés les rôles de « sachants-interprètes », seuls habilités à dispenser le « savoir sacré », érigeant ainsi leur propre élite spirituelle, au lieu de rendre les croyants autonomes. Pasteurs, diacres, théologiens, prédicateurs, prestidigitateurs de la parole : ils sont les codeurs, imprimeurs, programmeurs d’une machine sémantique dont les convertis deviennent les manutentionnaires et les esclaves volontaires. Enfin, dans la troisième partie à venir, nous allons prendre des exemples concrets de protocoles langagiers, que l’on peut pour certains aussi appeler des biais cognitifs. Nous les décortiquerons afin de percevoir leurs limites.
Salutations