
Après le sucre, le café.
Troisième réveil ans café ce matin, et encore une légère migraine. Il faut dire que passer de quatre café par jour (minimum) à rien n’est pas tendre pour le corps. Lui qui vient de subir un arrêt brutal de sucre et une journée complète de tatouage. Voilà qui fait beaucoup de stress en peu de temps.
Hier après-midi, je travaillais en EMS. Et comme je l’avais prévu, j’ai du faire face aux patient.e.s beaucoup trop gentils qui m’offraient des chocolats, et qui ne comprenaient pas tous les raisons pour lesquelles je n’en mange plus. « Je ne mange plus de sucre » se heurte à « oui mais les dernières fois vous en preniez bien non? ». « Il faut que vous preniez des forces, vous avez encore beaucoup de travail! » C’est étonnant comme par moment, ce n’est pas au désir que je dois faire face, mais à un sentiment de culpabilité diffuse…
Parce que derrière ces carrés de chocolat, il y a autre chose que du sucre. Il y a un geste. Une manière de dire : je vous ai vu, je pense à vous, prenez quelque chose de moi. Beaucoup de ces personnes âgées ont si peu d’occasions de donner encore. Leur corps décline, leurs forces diminuent, leurs rôles sociaux se sont effrités au fil des années. Offrir un chocolat, c’est d’une certaine manière redevenir actif. C’est participer. C’est exister dans le lien autrement que comme bénéficiaire de soins.
Refuser, même doucement, même avec le sourire, crée une micro-fissure intérieure. Je sais que je protège un choix, un cap, une cohérence. Et en même temps, j’ai l’impression de refuser un morceau d’eux. Comme si mon ascèse venait heurter leur générosité. Je me surprends à peser intérieurement la fidélité à ma démarche et la délicatesse du lien. Ce n’est plus une question de glycémie ou de caféine, mais de relation. Apprendre à recevoir autrement. À honorer le geste sans absorber le sucre. À dire merci sans m’excuser d’exister dans une limite.
La même question s’est posé en début de semaine passée. J’avais arrêté le sucre depuis deux jours. Mercredi à midi, au moment de récupérer les enfants pour mon tour de garde, ma fille est revenue à la maison avec un muffins au citron qu’elle avait fait pour moi. Que devais-je faire ? Honorer son geste et soigner le lien ou refuser en vertu de ma décision et lui expliquer ? J’ai choisi de faire une exception et de manger son muffin au citron.
Et ce matin, avec la migraine légère du troisième réveil sans café, une autre question s’invite. Et si mon désir sucré n’avait jamais été seulement une affaire de palais ? Et si, derrière chaque carré de chocolat accepté, il y avait eu un “oui” relationnel que je n’osais pas refuser, ou accepter autrement ? Et si une part de mes envies naissait de ces micro-culpabilités auxquelles je préfère répondre en absorbant plutôt qu’en habitant ? Ces jours-ci, je découvre que se priver n’est pas le plus difficile. Le plus difficile, c’est de rester présent à ce que la privation révèle, et qui se trouve être autre que du désir.