Journal de bord – Carême 2026 #3

On y est. Mercredi des cendres.

Hier soir, nous avons fêté mardi gras avec un groupe d’amis. Loin de l’image outrancière qu’on projette parfois sur ce type de soirée. D’abord parce que nous travaillions tous ce matin. Ensuite, parce que l’intention n’était pas de nous gaver, mais d’entrer, pour ma part — et pour Davide — dans le Carême.

L’apéro a pris la forme d’un petit challenge de dégustation de sauces piquantes. Puis un plat de pâtes, du parmesan, quelques bières, et des parties de Tekken et de Street Fighter sur PS5. Rien de spectaculaire ou d’outrancier. En guise de postlude, Mickael est finalement resté dormir. Nous nous sommes endormis paisiblement devant Les Sept Mercenaires. Une manière douce de refermer la fête, déjà tournés vers ce qui commençait aujourd’hui.

Et je réalise finalement que la vie sous régime de Carême est presque devenue naturelle. Avec les années, cette période n’est plus compliquée pour moi. La privation carêmique comme les démarches de sobriété sont devenues une sorte d’habitude. Probablement que l’arrêt du sucre et du café en amont y sont pour beaucoup.

Ce qui est venu m’habiter aujourd’hui est une réflexion de Nicolas Friedli. Depuis quelques temps je suis dans une phase ou je débarrasse pas mal de choses de chez moi. Je donne, je jette, je vends. J’ai notamment fait beaucoup de place dans mes bibliothèques, ainsi que tu tri dans mes jeux (je suis un gros passionné de jeux de plateau et de jeux de rôles), mes habits, etc… Ce matin, il m’a laissé une fulgurance que je veux laisser infuser : penser à ce que je garde plutôt qu’à ce que je supprime. Inverser la grille de lecture.

Cela me rejoint car cette perspective exclut une notion performative du Carême, ce que je recherche précisément aujourd’hui. Mais surtout, elle se focalise sur ce qui reste et non sur ce que je rejette. Cela met le focus sur mes attachements. Sur ce à quoi je consens à donner de la place. Sur ce que je décide d’honorer par ma présence, mon temps, mon énergie. Le tri cesse d’être un geste contre quelque chose ; il devient un geste pour. Pour une cohérence. Pour une densité. Pour une forme de fidélité à ce qui me construit réellement.

En regardant ce qui demeure sur mes étagères, dans mes routines, dans mes liens, je vois se dessiner une cartographie plus honnête de mes désirs, ainsi que de mes envies et mes besoins. Me demander ce que je choisis de garder, plutôt que ce que j’accepte (ou refuse) de perdre, m’oblige à préciser ce qui a véritablement du poids dans ma vie. Les objets gardés ne sont plus des choses qui restent : ils deviennent signifiants. Ils disent ce que je juge digne d’habiter mon quotidien. Ils révèlent mes appuis, mes fidélités, mes consolations aussi.

Une bonne impulsion pour moi, en guise de mise en marche. Un léger changement paradigmatique qui va réorienter une part de ma traversée. Je reprends les mots de Nicolas : « La perspective change radicalement. Choisir ce que l’on garde est bien différent de se demander ce que l’on élimine. Valoriser ce que l’on choisit est différent de regretter ce que l’on abandonne.« 

Laisser un commentaire