
Hier soir, j’ai franchi une étape supplémentaire dans ma traversée. Cette contrainte-là était prévue depuis le début. Elle attendait son moment. J’ai décidé de l’introduire maintenant : supprimer les féculents au souper, et voir ce que cela déplace.
Pour inaugurer ce nouveau rythme, j’ai préparé un chili végétarien très relevé et très épicé, accompagné de quelques têtes de brocoli, de tofu fumé et d’un demi avocat. Je me suis régalé! Les piments frais, allié à la purée de chippotle, au paprika fumé et aux flocons de habanero… quel bonheur. J’ai veillé aux portions, attentif à ne pas compenser l’absence de féculents par un excès ailleurs.
Rien de nouveau sous le soleil : chaque modification qui touche au corps révèle immédiatement son impact. Le corps a sa mémoire, ses habitudes, ses attentes. Depuis plusieurs jours, les envies de manger persistent. Elles ne relèvent pas de la faim, mais d’un autre registre, plus diffus, plus intérieur. Elles signalent des creux qui ne se situent pas dans l’estomac et que je peine encore à éclaircir… Même si certaines mécaniques commencent à apparaître clairement.
Hier soir, pourtant, quelque chose de différent est apparu. Le manque de féculents s’est manifesté rapidement, physiquement. Une sensation nette, identifiable. L’absence précise d’un élément familier qui, d’ordinaire, vient caler l’estomac, donner cette impression de satiété dense et stable. Le corps, privé de ce repère habituel, cherchait un nouvel équilibre.
Était-ce excessif d’ajouter cette contrainte ? Je ne le crois pas. Je me suis certes couché avec une sensation de faim. Une faim plus claire que les envies diffuses des jours précédents. Et pourtant, j’ai mieux dormi. Le sommeil était plus profond, moins encombré. Probablement que l’estomac plus léger et l’absence totale de caféine et de sucre n’y sont pas pour rien.
Avec un peu de recul, cette sensation relevait moins d’un besoin physiologique que d’un réflexe incorporé. Une attente structurée par l’habitude : terminer la journée par une forme de densité rassurante. Ce qui se manifestait n’était pas un manque vital, mais la trace d’un conditionnement. Une envie configurée par des années de répétition. Un corps formaté.
Le corps apprenait simplement un autre rythme.