Journal de bord – Carême 2026 #20

Quelle soirée hier soir…

La journée avait été éprouvante. Des accompagnements compliqués, un décès, une patiente mourante, des dossiers qui me font monter dans les tours dans le cadre d’un engagement associatif. A la maison un enfant malade. Et puis les enfants : disons que, sinon imbuvables, ils étaient au moins compliqués. Je n’ai rien mangé et pas assez bu entre le souper d’avant hier à 19h et 15h30 hier : j’ai tout enchaîné sans m’arrêter. Je n’aime pas ce rythme.

Après ce genre de journée, d’habitude, je me fais un souper réconfortant. Quelque chose de fromager, ou je me prends un kebab sur le chemin du travail pour ne pas avoir à cuisiner juste un soir et pouvoir me poser. Puis je m’ouvre une bonne bière. Hier soir, j’avais envie d’une IPA.

Mais non. Foutu Carême. Alors des bras à serrer. Mais non, pas de bras non plus. Et je n’allais pas réveiller mes enfants à 23h30 pour leur dire : « papa a besoin d’un câlin. » Je les ai bordé et couché… mais la nuit venue et seul réveillé chez moi, j’avais besoin de réconfort. Pas de chocolat non plus. Foutu Carême encore. Lire ou regarder un film? Mes pensées étaient trop dispersées. Du coup, j’ai passé la soirée et une partie de la matinée, couché sur mon canapé, à remuer intérieurement. Je me suis senti démuni, seul, perdu. Le sommeil a fini par me gagner, à force d’usure.

Je réalise que des petits gestes auxquels je ne pensais jamais jouent un rôle bien plus grand que ce que je croyais en termes de régulation et de réconfort. Une bière, un carré de chocolat, un kebab, un contact physique… ce sont des soupapes. Des manières simples de redescendre après une journée trop pleine. Quand ces soupapes disparaissent, la pression reste là. Elle circule. Elle cherche une issue.

Hier soir, il n’y en avait pas. Disons plutôt : je n’en ai pas trouvé.

Alors je suis resté là, à regarder passer les pensées. Les frustrations. La fatigue. Mes colères aussi. Et cette sensation de solitude qui apparaît parfois quand tout s’arrête autour de soi. Je crois que je comprends de mieux en mieux pourquoi ces habitudes existent. Elles amortissent le choc des journées trop denses. Sans elles, il reste juste le silence du salon, la lumière un peu jaune, et le corps qui ne sait plus très bien quoi faire de tout ce qui s’est accumulé dans la journée.

Et puis, à un moment, le corps tranche. Mais avec tout ça, je n’ai pas process ma journée, ni mes émotions. Pour la première fois depuis 2016 (année de mon CPT) je n’ai vraiment pas su quoi faire de ce qui m’habitait.

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