
Depuis le début de ce Carême, quelque chose s’allège. Dans ma tête, dans mon corps et dans mon environnement.
Quelque chose s’allège à travers tout ça à la fois. Au départ, c’était intérieur. Faire le tri. Distinguer ce qui relève de l’impulsion, de la compensation, du réflexe… et ce qui relève d’un besoin réel. Identifier ces gestes automatiques qui viennent remplir — trop vite — les espaces vides : manger, scroller, acheter, occuper.
Petit à petit, un espace s’est ouvert. Suffisant pour respirer autrement. Et cet espace a commencé à déborder ailleurs.
Dans le corps, d’abord. En changeant mon alimentation, en supprimant certains produits, en simplifiant, quelque chose s’est régulé. Le rapport à la nourriture s’est déplacé : moins de remplissage, plus de fonction. Plus de sucres inutiles, plus de gras inutile, plus de clarté. Ce qui m’a surpris, ce n’est pas seulement la perte de poids. C’est la sensation d’ajustement. Comme si le corps suivait une logique déjà à l’œuvre ailleurs.
Et là, une bascule s’opère. Parce qu’on arrive à la fin de Carême, du moins sur le calendrier. Mais dans les faits, quelque chose commence. Le tri ne s’arrête pas avec Pâques. Il devient un critère pour la suite.
Ce que je réintroduis, ce que je garde, ce que je laisse. Le café reviendra, mais autrement. Mesuré. Choisi. Le sucre et certaines graisses, eux, ne reviendront pas. Pas du tout : je garde ma discipline. Entre-temps, d’autres habitudes ont pris place. Des recettes différentes, plus simples, plus propres, qui n’ont pas besoin d’excès pour exister. J’ai fait du tri.
Et ce mouvement ne s’arrête pas au corps. Il touche aussi le matériel. En amont de Carême, j’avais déjà largement écrémé mes bibliothèques. Depuis le début de ce Carême, une phrase s’est imposée : moins de biens, plus de liens. Alors j’ai vidé. Déchèterie. Seconde main. Tri avec les enfants. Objets remis en circulation, donnés, échangés. Ce qui était accumulé sans raison retrouve un usage, ailleurs. Et moi, je récupère de l’espace.
Pas seulement mes pièces. Dans la tête. Parce que chaque objet inutilisé en moins, c’est une sollicitation en moins. Une gestion en moins. Une attache en moins. Parfois un agacement en moins. Et à la place, autre chose devient possible : du temps, de la présence, du lien.
Un triple allègement donc. Intérieur, corporel, matériel. Mais surtout, une seule et même dynamique : retirer ce qui encombre pour laisser apparaître ce qui compte. Et ça, ce n’est pas une parenthèse. C’est un point de départ.