Journal de bord – Carême 2026 #39

Je me sens extrêmement léger.

Les changements alimentaires sont devenus des habitudes. Les choses se sont fluidifiées intérieurement et je me sens beaucoup plus léger. Je pense que la contrainte de mouvement sportif y est aussi pour beaucoup. J’ai la sensation de mieux habiter mon corps et d’être beaucoup mieux dans ma tête.

Il ne reste « que » deux semaines de Carême. Je dis « que » car je suis déjà dans la préparation de l’après. Je me surprends à y penser plus comme à un passage que comme une fin. Comme quelque chose qui oblige à choisir.

Parce qu’il y a une tentation, je la vois bien. Celle de considérer ce temps comme une parenthèse réussie, presque comme une performance. Refermer, puis reprendre “normalement”. Revenir aux habitudes anciennes avec, en souvenir, une sorte de satisfaction d’avoir tenu. Mais non, ce n’est pas possible. Car ce qui s’est déplacé en moi ne ressemble pas à une parenthèse. Il y a quelque chose qui s’est joué au niveau des racines.

Je mange différemment, oui. Mais surtout, je ne mange plus de la même manière intérieurement. Il y a moins de précipitation, moins de remplissage automatique. Moins de gavage et de peur de manquer. Je sens davantage ce qui est de l’ordre du besoin et ce qui relève de l’élan, ou du vide à combler. Le corps, lui, ne triche pas beaucoup. Il enregistre. Il répond. Il accuse le coup ou il s’ouvre. Et là, il s’ouvre.

Je le sens dans des choses très simples : une respiration plus ample, une fatigue plus juste, une présence plus nette aux moments que je traverse. Même le sport, que je m’impose encore un peu, commence à changer de visage. Il devient moins une contrainte qu’un rendez-vous. Quelque chose qui participe à cet ancrage corporel.

Alors forcément, la question se pose autrement. Pas “est-ce que je vais tenir encore deux semaines ?” Mais : qu’est-ce que je décide de prolonger ? Je sais déjà que je ne veux pas revenir en arrière sur certains points. Le sucre, par exemple. Ou certaines formes de gras qui m’alourdissaient sans que je le reconnaisse vraiment. J’ai trouvé autre chose, d’autres équilibres, d’autres plaisirs aussi. Il y a là une ligne qui s’est dessinée.

Pour le reste, je sens que ça va demander de la vigilance. Une attention radicale. Parce que l’allègement que je vis là ne tient pas seulement à ce que j’ai retiré. Il tient à l’espace que cela a libéré.

Et cet espace, il peut très vite se remplir à nouveau si je n’y prends pas garde.

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