Journal de bord – Carême 2026 #40

Je ne m’y attendais pas.

Ces derniers jours, un déplacement a eu lieu. Je sors un peu la tête du guidon. Et je vois quelque chose que je ne voyais pas vraiment avant. Je l’ai écrit : j’attendais, de manière implicite, une forme de reconnaissance de certaines instances et/ou individus. Et puis j’ai beaucoup tourné dans ma tête ces question de reconnaissance et d’estime. Je me suis demander : à qui et sur quels critères, cette reconnaissance tant attendu est donnée explicitement en amont de moi ? Et en regardant à qui cette reconnaissance était donnée, quelque chose a accroché.

Parce que, très honnêtement, il y a des personnes qui sont mises en avant, reconnues, valorisées, dans différents contextes, mais qui ne correspondent pas à ce que moi je reconnais comme juste, comme bon et/ou comme désirable pour moi. Non pas que j’érige ma posture en dessus. Simplement, ça ne me parle pas, ça n’entre pas dans mon système de valeurs. Ça ne m’oriente pas. Et là, il y a eu un basculement.

Si je ne reconnais pas ce qui est valorisé, pourquoi attendre d’être valorisé par les mêmes critères ? Si la reconnaissance vient d’un endroit que moi-même je ne reconnais pas, alors son absence n’est pas une perte. La non reconnaissance trouve un sens. Je vais l’illustrer autrement…

C’est comme être cuisinier, aimer profondément les produits, le goût, le soin apporté aux personnes, en faire le centre de sa pratique… et être évalué uniquement sur sa capacité à faire du chiffre ou à reproduire un menu standardisé. Si ces critères-là ne sont pas les miens, alors ne pas être reconnu selon eux ne dit rien de ma valeur. Cela dit seulement que nous nous situons sur eux plans différents, sans dire que l’un est nécessairement mieux que l’autre. Et peut-être même que cette non-reconnaissance devient alors un repère : celui qui indique que l’on est resté fidèle à ce qui compte vraiment pour soi.

En parallèle de cela, je suis en train de monter un dossier de validation des acquis. Dans ce contexte, je dois fournir plusieurs références. J’ai donc demandé à des personnes que j’estime profondément, s’ils étaient d’accord de témoigner pour moi et d’attester de compétences que je prétends avoir. Des personnes dont le regard compte pour moi, parce que je reconnais en elles quelque chose de solide. Je me suis dit que je ne perdais rien à leur demander.

Leurs retours ont été forts. Plus forts que ce à quoi je m’attendais. Pas juste positifs, mais engagés. Certains m’ont dit être honorés de me soutenir, d’attester de mes compétences. Et là, ça n’a rien à voir. Ce n’est pas “quelqu’un” de lambda ou « une institution » qui reconnaît quelque chose chez moi, sur la base d’un ressenti arbitraire ou de tabelles. Ce sont des personnes que moi-même je reconnais et que j’estime profondément. Et ça change tout. Leur parole ne glisse pas. Elle s’ancre, parce que je sais d’où elle vient.

Du coup, quelque chose s’est remis en place assez simplement et j’ai compris ceci : toutes les reconnaissances ne se valent pas. Et tout le monde n’a pas la même légitimité pour dire quelque chose de moi. Je m’aperçois que j’ai laissé, pendant longtemps, des regards avoir un poids qu’ils n’avaient pas à avoir. Ils n’étaient pas mauvais ni malveillant, mais ils n’étaient pas alignés avec ce que moi je reconnais comme valable.

Ce qui est en train de bouger, c’est ça. Je ne cherche plus à être reconnu partout. Je m’oriente vers ce que je considère comme juste. Et la reconnaissance qui compte, c’est celle qui vient de là. Est-ce que c’est cela, l’estime de soi qui vient de l’intérieur?

Cela remet, me semble-t-il, le besoin à sa place. Moins diffus. Moins dépendant. Plus situé. Et au fond, ça touche à quelque chose de très simple. Tous les regards ne comptent pas. Et je commence à savoir lesquels comptent vraiment pour moi.

Mes enfants, mes amis, ceux que j’estime et que j’aime… c’est sur ces personnes que je m’appuie. Le reste m’est bien égal.

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