Journal de Bord – Carême 2026 #11

Je comprends mieux, maintenant, pourquoi les régimes ne tiennent pas.

Vouloir perdre du poids ne suffit pas pour… perdre du poids. Autour de moi, ceux qui ont tenté un régime ont rarement tenu longtemps. La plupart ont fini par retomber dans leurs habitudes. Et ceux qui ont réussi sur la durée n’avaient pas fait de la perte de poids leur objectif central. Il y avait autre chose derrière : un problème de santé à régler, une alerte médicale, le désir de reprendre la main sur leur corps, de se sentir plus vivants, plus alignés.

Hier encore, en regardant un reportage sur YouTube, une publicité s’est imposée. Une application de fitness promettait des résultats sans régime, en martelant que les régimes ne fonctionnent pas. La formule m’a fait sourire.

Je commence à comprendre pourquoi, en effet, ils échouent si souvent. Ils échouent quand on s’arrête au symptôme sans aller voir ce qui se joue dessous. On modifie l’assiette sans interroger le rapport à la nourriture. On ajuste les calories sans explorer les rechutes.

J’ai travaillé plusieurs années en addictologie. Le psychiatre répétait que la rechute fait partie du processus thérapeutique. Elle révèle les mécanismes, les déclencheurs, les contextes. Elle montre où ça coince vraiment. Et à partir de là, un levier devient possible. De la même manière, il ne suffit pas d’arrêter de boire… pour arrêter de boire.

Le parallèle a ses limites, bien sûr. Mais je vois une dynamique semblable. Modifier son alimentation sans revisiter son histoire avec la nourriture conduit souvent à un retour en arrière. Si tant de régimes échouent, ce n’est pas uniquement une question de méthode. C’est une question de profondeur. On se concentre sur ce qui entre dans la bouche, rarement sur ce qui cherche à être comblé.

Certains influenceurs « healthy » affirment alors qu’il suffit de cuisiner de bonnes choses pour ne plus craquer (avant de vous proposer leur livre de recettes healthy pleines de saveurs). Manger mieux ne signifie pas manger fade, et heureusement. Mais là encore, le cœur du problème demeure. On peut préparer des plats savoureux, colorés, parfaitement équilibrés. Si l’on continue à utiliser la nourriture pour anesthésier, compenser, remplir un vide, le scénario se répète sous une autre forme.

Et puis il y a une autre réalité : nous ne partons pas tous du même endroit. La volonté, l’énergie disponible, les compétences culinaires, le temps, les ressources… tout cela varie énormément. On ne change pas son rapport à la nourriture dans le vide. On le change au milieu d’une vie.

Peut-être que le véritable déplacement ne consiste pas à faire un régime, mais à reprendre la barre. À comprendre ce qui nous pilote. À accepter que la transformation demande plus qu’un programme : elle demande une lucidité patiente.
Mon Carême 2026 me pousse loin dans la compréhension de ce qui structure mes comportements… m’est avis qu’il y aura un avant et un après Carême.

Un commentaire

  1. Absolument!
    Je constate que dans mon cas, l’élimination du sucre a réellement amélioré ma santé, mes résultats sanguins sont excellents… et j’ai gentiment recommencé le sucre… et je sais très bien que mon addiction à cette substance n’est pas réglée, ni ma relation à la nourriture (ou au fait de manger, ce qui est encore différent: la nourriture est assez secondaire, il me semble, mais le fait de manger, de s’occuper avec le « manger », avec le « avoir quelque chose en bouche » est prégnant. C’est aussi archaïque, vu que les bébés se calment aussi avec quelque chose en bouche – ils apprennent ainsi à s’auto-calmer!
    La lecture de ces témoignages quotidiens me permet d’amorcer davantage une réflexion sur ce qui motive mon « amour » pour le fait de manger / d’avoir quelque chose en bouche!

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