Journal de bord #54 – les causes potentielles de l’hypercholestérolémie.

Comme d’habitude, lorsque quelque chose m’arrive, j’aime à en comprendre les différents rouages. Non pas par besoin de contrôle, mais pour dissocier ce sur quoi j’ai prise de ce qui m’échappe et sur quoi je peux lâcher prise. Voici quelques fragments de mon investigation personnelle, et les réflexions y relatives.
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Lorsque l’on parle d’hypercholestérolémie, le discours dominant se concentre souvent sur l’alimentation et ses excès. Pourtant, les causes de cette affection sont loin de se limiter à ce que nous consommons. De nombreux facteurs non alimentaires jouent un rôle crucial dans l’élévation des taux de cholestérol, et les ignorer risque de donner une vision réductrice du problème. Voici un tour d’horizon des principaux facteurs génétiques, environnementaux, psychologiques et médicamenteux qui influencent l’hypercholestérolémie, et dont certains disent peut-être quelque chose du monde dans lequel nous vivons.

Certaines formes d’hypercholestérolémie sont directement liées à des prédispositions génétiques, comme l’hypercholestérolémie familiale. Cette maladie héréditaire touche environ une personne sur deux cent cinquante et est causée par des mutations de gènes impliqués dans le métabolisme des lipides, tels que le gène codant pour le récepteur des LDL (« mauvais cholestérol »). Ces mutations perturbent l’élimination du cholestérol par le foie, entraînant une accumulation excessive de LDL dans le sang. Contrairement à l’hypercholestérolémie liée au mode de vie, ces formes héréditaires persistent malgré une alimentation saine et un mode de vie actif. Les patients concernés doivent souvent recourir à des traitements spécifiques comme les statines ou les inhibiteurs de PCSK9 pour réduire leur risque cardiovasculaire. L’identification précoce de cette condition est essentielle. Des examens génétiques et des bilans familiaux peuvent aider à diagnostiquer cette forme particulière et à adapter la prise en charge.

Par-delà la génétique

Au-delà de la génétique, des éléments environnementaux et psychologiques peuvent également influencer les taux de cholestérol. Parmi ceux-ci :

Le stress chronique :
Le stress prolongé active le système nerveux sympathique et stimule la sécrétion de cortisol, une hormone qui peut contribuer à une augmentation des niveaux de cholestérol LDL. Le stress, réaction biologique adaptative initialement à court terme, devient problématique lorsqu’elle s’inscrit dans la durée. Le problème, c’est que notre mode de vie favorise plusieurs facteurs qui viennent nourrir la propension au stress chronique. Les exigences croissantes du monde du travail (hyperproductivité, incertitudes économiques, précarité) accentuent la tension permanente. La sur-sollicitation numérique nous maintient dans un état de vigilance constante, réduisant les moments de déconnexion et de détente. La sensation de devoir constamment jongler entre responsabilités personnelles, familiales et sociales crée une surcharge mentale et les injonctions à répondre à tout très rapidement deviennent néfastes. Les crises environnementales, économiques, politiques et sanitaires génèrent un climat d’anxiété généralisée. Enfin, bien que nos sociétés soient densément peuplées et connectées virtuellement, les relations sociales profondes diminuent (et ce fut d’autant plus le cas pendant les confinements liés à la COVID), augmentant un sentiment de solitude. Cela génère une surproduction de cortisol, qui fera elle-même augmenter le taux de glucose dans le sang, ce qui influera à son tour le taux de cholestérol.

Le manque de sommeil :
Un repos insuffisant perturbe le métabolisme lipidique et peut également induire une augmentation du cholestérol. De plus, comme je l’ai déjà dit dans un billet précédent, un déficit de sommeil entraîne souvent un déséquilibre hormonal augmentant la sensation de faim et conduisant donc à trop s’alimenter. Le sommeil est un moment crucial pour la régénération cellulaire et la régulation hormonale ; son absence chronique accroît les risques cardiovasculaires.

La sédentarité :
Un manque d’activité physique réduit l’efficacité du métabolisme lipidique. L’inactivité diminue l’activité de la lipoprotéine lipase, une enzyme essentielle pour dégrader les triglycérides et la régulation des lipoprotéines dans le sang. La sédentarité est associée à une hausse des lipoprotéines de basse densité (LDL), qui s’accumulent dans les artères et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires. L’exercice physique augmente les lipoprotéines de haute densité (HDL), responsables de l’élimination du cholestérol excédentaire. La sédentarité prive le corps de cet effet protecteur. Ces données indiquent qu’une activité physique minimale est non seulement conseillée, mais vitale pour le bon fonctionnement du corps. Ainsi, l’inactivité physique favorise une accumulation de graisse corporelle, en particulier la graisse viscérale, qui est métaboliquement active et contribue à un déséquilibre lipidique. La sédentarité favorise le stockage des graisses plutôt que leur utilisation comme source d’énergie.

Enfin, l’absence d’activités influe sur le corps en exacerbant l’inflammation et en favorisant des troubles métaboliques comme la résistance à l’insuline. Adopter un mode de vie actif, même par de petites actions comme la marche ou les étirements réguliers, peut considérablement améliorer la gestion des lipides et réduire le risque cardiovasculaire.

Le tabac :
Les toxines environnementales jouent un rôle significatif dans la perturbation du métabolisme lipidique, et parmi elles, le tabac figure comme l’un des agents les plus nocifs. Le tabagisme affecte directement les niveaux de cholestérol en augmentant les concentrations de LDL (mauvais cholestérol) et en diminuant celles de HDL (bon cholestérol). Cette altération s’explique en partie par l’action des composés chimiques présents dans la fumée de cigarette, tels que les radicaux libres, qui induisent un stress oxydatif. Ce dernier dégrade les particules de LDL, les rendant plus susceptibles de s’accumuler dans les parois artérielles et de former des plaques d’athérosclérose.

De plus, la consommation de tabac altère la fonction des cellules endothéliales, qui jouent un rôle essentiel dans la santé vasculaire. Cette dégradation de l’endothélium, combinée aux effets délétères sur les lipides sanguins, augmente le risque de maladies cardiovasculaires. Enfin, le tabagisme passif expose également les non-fumeurs aux mêmes risques, soulignant l’importance de réduire l’exposition collective à cette toxine.

D’autres pathologies ou des médicaments :
L’hypothyroïdie, une condition dans laquelle la glande thyroïde produit insuffisamment d’hormones, peut entraîner une augmentation des taux de LDL en raison d’une diminution de leur clairance par le foie. Le foie joue effectivement un rôle central dans le métabolisme des lipides. D’ailleurs, toute maladie hépatique chronique, comme la stéatose ou la cirrhose, peut perturber cet équilibre. Enfin, certains médicaments, comme les corticostéroïdes, les antipsychotiques ou les contraceptifs oraux, peuvent influencer les taux de cholestérol. Ils agissent souvent en modifiant la manière dont le foie synthétise ou recycle les lipides.

Vers une prise en charge globale

Pourquoi aborder toutes ces questions qui paraissent peut-être trop techniques ? Parce que l’hypercholestérolémie est une condition multifactorielle qui dépasse largement le simple cadre de l’alimentation. Si cette dernière joue un rôle évident, il est essentiel de considérer les facteurs génétiques, environnementaux, psychologiques et médicaux pour comprendre pleinement cette atteinte. Quand le problème est multifactoriel, il faut répondre par une prise en charge plurifactorielle. C’est un principe qui s’applique à presque tout : bien peu de choses ne dépendent que d’un seul facteur, et les réponses simplistes qui se concentrent sur l’un ou l’autre aspect, essentialisant un problème, bien qu’a priori plus séduisantes, sont en réalité loin d’être des bonnes solutions. Le noir et le blanc sont souvent des options à mettre de côté pour s’orienter vers plus de contrastes. Une telle approche permet non seulement une meilleure prise en charge, donc, mais également une déconstruction des discours culpabilisants. Ici, la santé est une équation complexe. Reconnaître cette complexité est une étape essentielle pour progresser vers des soins plus justes et personnalisés.

Pour ce qui me concerne, il y avait clairement un accent fort à mettre sur l’alimentation et le mouvement. Étant entré dans une radicalité totale depuis quelques jours au niveau de ce que je choisis de ne pas manger, il me semble important que cela soit suivi par un.e professionnel.le, raison pour laquelle j’ai demandé à ma médecin un bon de délégation pour être suivi ponctuellement pas un.e nutritionniste. Enfin, il a fallu que je m’enquiers auprès de ma famille d’éventuels antécédents familiaux liés à l’hypercholestérolémie. Il semble effectivement que cela soit une affaire de famille. Mais, je dois déterminer avec ma médecin s’il s’agit d’un problème génétique ou lié à l’hygiène de vie. Tabac, alcool, alimentation riche en viande et sédentarité sont, en effet, des facteurs très présents chez les personnes concernées. Ainsi, une diète sévère s’impose pendant trois à quatre mois. À la suite de cela, une nouvelle prise de sang définira si oui ou non il s’agit d’un problème génétique : si mes valeurs ne changent pas alors que mon alimentation est exempte de mauvais cholestérol, cela voudra dire qu’il y a une pathologie sur laquelle je n’ai pas de prise directe en dehors d’une médication. Affaire à suivre donc.

Un problème de société

« En 2022, 14,8% de la population en Suisse déclarait avoir une cholestérolémie élevée ou prendre des médicaments en conséquence. Ce taux a augmenté depuis 2012 (8,8%). La proportion est plus forte chez les hommes (2022 : 17,4%) que chez les femmes (12,2%). Un taux de cholestérol élevé est plus fréquent chez les personnes âgées que chez les jeunes, en particulier à partir de 65 ans. De plus, les personnes ayant uniquement terminé l’école obligatoire présentent plus souvent (23,6%) un taux élevé que les titulaires d’un diplôme du degré secondaire II (17,6%) ou tertiaire (13,9%). » Ces données montrent que l’hypercholestérolémie n’est pas un problème isolé, mais une condition répandue qui touche une proportion significative de la population en Suisse :

Prévalence croissante : Le fait que le taux de cholestérolémie élevée soit passé de 8,8 % en 2012 à 14,8 % en 2022 indique une augmentation rapide en une décennie. Cette progression témoigne d’une tendance préoccupante qui nécessite une réponse à l’échelle nationale. On peut supposer qu’une hausse de l’inactivité dans la période COVID a aidé à cette hausse.
Différences démographiques : La disparité entre hommes et femmes, ainsi que l’incidence accrue chez les personnes âgées, souligne que certains groupes sont particulièrement vulnérables. Cela justifie des interventions ciblées pour réduire les inégalités en matière de santé.
Impact des inégalités sociales : Les personnes ayant un niveau d’éducation moins élevé (école obligatoire uniquement) sont plus touchées (23,6 %) que celles ayant des diplômes supérieurs. Cela révèle que les déterminants sociaux, comme l’accès à l’information, aux soins et à une alimentation saine, jouent un rôle central. Cette inégalité renforce la dimension systémique du problème. De plus, les personnes en situation de précarité, se tournant plus facilement vers des produits moins chers, ultratransformés de moins bonne qualité auront plus de problèmes de santé lié à ces questions.
Conséquences sur la santé publique : L’hypercholestérolémie est un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires, qui représentent l’une des principales causes de mortalité en Suisse. Une telle prévalence impose des coûts significatifs en termes de soins de santé et de pertes de productivité.

Ces tendances montrent que l’hypercholestérolémie est une conséquence des modes de vie modernes, influencée par des facteurs économiques, sociaux, culturels et technologiques. Encore une fois, rien n’est le résultat d’un seul facteur. En cela, elle reflète les défis de santé publique posés par les maladies dites « de civilisation », qui incluent par exemple également l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension, le burnout ou le stress chronique. L’hypercholestérolémie est non seulement un problème médical, mais aussi un reflet des déséquilibres de nos sociétés modernes, appelant à des réajustement personnels, mais aussi à des interventions systémiques. Comme le burnout, il ne s’agit pas d’une maladie en soi, mais d’un des nombreux symptômes d’une société que je juge malade.

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