
C’est LA révélation de ma prise de recul avec les réseaux sociaux et WhatsApp : la surstimulation, à tous les niveaux, que cela génère chez moi. Par les notifications incessantes déjà : voir une icône en haut de mon écran de téléphone ou le sentir vibrer, l’entendre sonner, m’incite forcément à aller voir ce que j’ai reçu. C’est pareil pour les réseaux sociaux : même si je n’avais pas activé les notifications, à chacune de mes connexions, j’avais plusieurs notifications en attente. La pensée même de la possibilité de publier une photo lorsque je vis ce que je vis vient parasiter le déroulement des choses. Et, au-delà de cette surstimulation, je réalise que m’en couper a favorisé mon efficience au quotidien, à mon travail et dans ma créativité.
Un cerveau inadapté
L’un des rôles du cerveau est de traiter les informations qu’il reçoit pour adopter les comportements adéquats. En marchant dans la rue, même que nous n’en avons pas conscience, notre cerveau travaille. Par nos sens et notre perception, il reçoit une quantité d’informations dont nous n’avons littéralement pas conscience. Il tient compte des voitures, des bruits, du chien qui arrive dans notre direction, des personnes qui sont sur notre passage, du chant des oiseaux, de la forme du sol qu’il ressent par nos pieds, du vent qu’il ressent par notre peau, de la température, etc. : toutes ces informations, il les traite, mouline le tout, et nous conduit à agir selon ce qui doit être fait. Ainsi, nous savons ce qu’il y a autour de nous, où sont les dangers et les ressources. Nous pouvons dans le même temps éviter de heurter les personnes que nous croisons, voire les saluer si l’on s’est levé du bon pied.
Le « problème », c’est que notre cerveau est le même qu’il y a 6000 ans, par exemple, avant la naissance de l’écriture. Entre il y a 6000 ans et aujourd’hui, si notre cerveau n’a pas évolué, le monde lui s’est considérablement transformé. Au fil du temps, les informations que notre cerveau doit traiter se sont multipliées. Avec l’écriture est venue la lecture, et dans la rue dans laquelle on se promène aujourd’hui, nous sommes soumis à la lecture inconsciente de toutes sortes de publicités, de devantures, etc. Avec l’invention de la voiture, nous soumettons notre cerveau au traitement des informations à 120 km/h (est-on d’ailleurs vraiment fait pour être propulsé à cette vitesse ?). L’accumulation de connaissances nouvelles fait que nous soumettons aussi notre cerveau à l’acquisition de connaissances de plus en plus nombreuses et toujours plus pointues. Finalement, Internet et les réseaux sociaux, leurs notifications, la surstimulation que cela engendre et le flot de publicités qui nous y est imposé, finissent le travail de surcharge. Notre cerveau n’a donc pas bougé en 6000 ans. En revanche, le monde qui l’entoure lui a changé et change continuellement.
Le cerveau n’a pas évolué. Mais, il a une capacité d’adaptation incroyable. Il est capable de recycler ses fonctions pour s’adapter à une modification de l’environnement. Ainsi, si notre cerveau n’a, par exemple, pas évolué pour apprendre à lire, on constate que quand on apprend à lire, on utilise tous la même région cérébrale. En revanche, on recycle une région, qui a évolué sur des millions d’années, pour faire autre chose que ce pourquoi elle est faite à la base. Nous avons éduqué, recyclé un vieux cerveau avec lequel nous sommes nés, pour arriver à l’investir dans de nouvelles fonctions.
En revanche, nous sommes totalement inadaptés aux temporalités que sont les nôtres aujourd’hui. Notre cerveau a besoin de temps continue pour traiter les informations, pour réfléchir, pour créer. Il est devenu inadapté dans le sens ou ce temps continu est continuellement interrompu. Le bombardement d’informations, des publicités que nous voyons dans la rue, que nous entendons, les messages que nous recevons, les notifications, les réseaux, les appels… tout cela entrave la pensée continue et nous coupent de la temporalité dont nous avons besoin pour penser les choses, pour élaborer des réflexions abstraites et pour mener à bien nos tâches. Plus on est bombardé jeunes, plus il sera difficile d’intégrer certains apprentissages. Alors, il n’est pas étonnant que je sois plus productif dans ce que j’ai à faire au quotidien et au travail depuis que j’ai quitté les réseaux, mais également plus créatif. C’est de bon augure pour la suite.
Et, je l’avoue, cela conditionne encore plus ma motivation à préserver un maximum mes enfants des réseaux et des stimulations non nécessaires à leur apprentissage. À 7 et 10 ans, je doute que le cerveau soit adapté à la gestion de notifications, de réseaux, de messages incessants, etc.
Sources et pour aller plus loin :
- Lionel Naccache – L’adaptation du cerveau au changement et à l’innovation : https://www.youtube.com/watch?v=18M9DStcdLA
- Lionel Naccach et Gérald Bronner – Ce que les réseaux font aux cerveaux : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/a-present/ce-que-les-reseaux-font-aux-cerveaux-2393560
[…] (hyperproductivité, incertitudes économiques, précarité) accentuent la tension permanente. La sur-sollicitation numérique nous maintient dans un état de vigilance constante, réduisant les moments de déconnexion et de […]
J’aimeJ’aime