
En 1517, Luther choisit la forme de nonante-cinq thèses pour provoquer une discussion sur les pratiques et les doctrines de l’Église de son temps. Le geste est devenu célèbre, au point de symboliser l’ouverture de la Réforme protestante. Derrière l’image des thèses affichées à Wittenberg, il y avait une volonté simple : formuler clairement des désaccords, les rendre publics et les soumettre à la discussion.
Cinq siècles plus tard, John Shelby Spong, après bien d’autres expressions thésardes, a repris cette forme avec ses douze thèses pour une réforme du christianisme. Il y expose ce qui, selon lui, doit être abandonné, repensé ou reconstruit afin que la foi chrétienne puisse encore avoir un avenir. Je viens précisément de consacrer plusieurs lignes à la lecture critique de son projet. Certains éléments de son diagnostic me paraissent justes, tandis que son entreprise me convainc beaucoup moins. Cette critique m’oblige cependant à aller plus loin : je suis partisan de dire quand les positions d’un autre ne me conviennent pas, et d’énoncer pourquoi. Mais lire les thèses de Spong m’a donné envie de formuler les miennes plus clairement.
C’est dans cet esprit que je propose à mon tour quelques thèses. Elles ne constituent ni un nouveau système théologique ni un programme destiné à sauver le christianisme (le contenu de mes thèses est d’ailleurs explicite à cet égard). Elles cherchent à mettre en ordre des convictions qui traversent depuis longtemps mes textes, mes lectures, mon expérience professionnelle, mon rapport aux écritures, à l’église et au réel. Elles disent ce que je crois pouvoir encore défendre, ce que je considère comme devenu intenable et les conséquences que j’en tire. Elles seront publiées dans un onglet dédié, « Thèses », sur ce blog.
La forme des thèses oblige à une certaine netteté. Elle demande de renoncer, au moins provisoirement, aux précautions infinies, aux nuances qui finissent parfois par dissoudre le propos et aux formulations permettant de ne jamais véritablement se situer. Chacune de ces affirmations pourra être longuement développée, discutée et corrigée. Leur fonction première est toutefois de dessiner une position lisible : dire d’où je parle, ce que je conteste et ce que j’entends placer au centre.
Ces thèses ne prétendent donc pas clore une réflexion. Elles en constituent plutôt une étape, peut-être même un seuil. Après avoir critiqué les réponses de Spong, il me semble nécessaire d’exposer les miennes. Je ne sais pas encore combien elles seront, et je ne m’impose aucun rythme de publication. Elles paraîtront à mesure qu’elles se préciseront, lorsqu’une formulation me semblera suffisamment claire pour être soumise à la discussion.
Dans un billet précédent, je décrivais ma foi comme « relationnelle, post-théiste, libertaire et humaniste ». Ces thèses seront l’occasion de définir plus nettement les contours de cette appellation quelque peu barbare, d’en expliciter les termes et d’en tirer progressivement les conséquences. Elles permettront aussi de rassembler des convictions déjà présentes, de manière parfois dispersée, dans différents textes de ce blog.
Et puis, même si je nourris peu d’illusions, une lueur subsiste malgré tout : que des blogueurs, des collègues ou d’autres lecteurs reprennent ces thèses pour les discuter, les contester ou les prolonger ; qu’ils publient leurs propres réponses, mettent des liens vers mes billets et déposent, dans les commentaires, les liens vers leurs textes. Qu’ils y réagissent par courriel ou par pigeon voyageur. Je m’empresserai alors de leur répondre, pour autant que j’aie effectivement quelque chose à ajouter. Après tout, une thèse n’a d’intérêt que si elle ouvre une conversation, provoque un désaccord ou oblige au moins à préciser sa pensée.
[…] Petit rappel de ma démarche : je souhaite que des blogueurs, des collègues ou d’autres lecteurs reprennent ces thèses pour les discuter, les contester ou les prolonger ; qu’ils publient leurs propres réponses, mettent des liens vers mes billets et déposent, dans les commentaires, les liens vers leurs textes. Qu’ils y réagissent par courriel ou par pigeon voyageur. Je m’empresserai alors de leur répondre, pour autant que j’aie effectivement quelque chose à ajouter. Après tout, une thèse n’a d’intérêt que si elle ouvre une conversation, provoque un désaccord ou oblige au moins à préciser sa pensée. […]
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